Avant de signer chez Carrefour, le coût de sortie du réseau mérite un examen attentif
Invité de franceinfo après l’enquête sur Carrefour, Thierry Barbier explique pourquoi il a quitté l’enseigne et ce que doit savoir un futur franchisé.
En bref
- Thierry Barbier préside l’Association des franchisés de Carrefour et a réagi aux révélations de « Complément d’enquête ».
- Il affirme que le coût de sortie du réseau l’a mené à quatre ans de procédure.
- Sur 6 766 magasins Carrefour en France, 5 944 sont en location-gérance ou franchisés.
- Selon lui, les économies se font surtout sur le personnel et les frais généraux.
Le président de l’Association des franchisés de Carrefour décrit un système où l’enseigne garde l’essentiel de la valeur et où partir coûte très cher. Thierry Barbier s’exprimait dans franceinfo, invité de Tristan Waleckx pour réagir aux révélations de « Complément d’enquête ». Pour un candidat à la franchise ou à la location-gérance, ses propos donnent des points de vigilance concrets, à lire comme des affirmations d’un acteur du réseau.
Une interview après l’enquête sur Carrefour
L’entretien a été diffusé le 15 octobre 2026, à la suite du reportage « Carrefour : révélations sur un géant face à la crise ». Le sujet portait sur des magasins accusés de rogner sur des dépenses essentielles, comme l’hygiène, et sur d’autres soupçonnés de fraudes massives aux promotions. Un journaliste de l’émission avait passé quelques jours infiltré dans un hypermarché de l’enseigne.
Les délégués syndicaux ont aussi montré un « livre noir », diffusé pour la première fois dans un média. D’après ces syndicalistes, l’état-major de Carrefour aurait été prévenu à plusieurs reprises. Thierry Barbier répond que, selon lui, des mesures ont été prises dans certains magasins, tout en disant l’espérer pour les autres, car les problèmes sanitaires nuisent à l’image de marque.
Un interlocuteur qui connaît le réseau de l’intérieur
Thierry Barbier a dirigé un magasin Carrefour pendant vingt-six ans. Il dirige aujourd’hui un magasin Auchan. Il explique avoir quitté l’enseigne parce que les conditions d’exploitation ne lui étaient plus favorables, tout en reconnaissant que le nom Carrefour rassure les clients. Il précise que son association ne lutte pas contre l’enseigne mais contre le système de gestion des magasins.
Ce poids explique l’enjeu : l’écrasante majorité des points de vente est tenue par des indépendants. Pour M. Barbier, c’est précisément ce passage en location-gérance qui entraîne certains inconvénients. Il estime que Carrefour n’a pas à intervenir à l’intérieur des magasins tenus par des locataires-gérants.

Où se font les économies dans un magasin
Interrogé sur la présence de rats, il rappelle que la loi oblige les magasins à disposer d’un contrat de raticides. Il évoque pourtant un budget ménage « divisé par deux, quasiment » dans certains cas, ce qu’il dit avoir vu dans le reportage. Selon lui, lorsqu’un exploitant doit réduire ses coûts, il n’y a que deux familles de postes : les frais de personnel ou les frais généraux, comme les raticides ou le froid, dont plusieurs sont obligatoires.
Il juge ces cas exceptionnels et affirme que 99,5 % des professionnels font le nécessaire. Il dit ne pas avoir reçu de remontées de son association sur ces difficultés.
Partage de la valeur et coût de sortie
Le cœur de ses critiques tient en deux points, qu’il formule lui-même : la répartition des richesses et le prix d’un départ.
« Carrefour, dans un contrat de location-gérance ou franchisé, capte 95% des richesses. Ce n’est pas possible. Ce n’est pas viable pour rentabiliser un magasin. »
Thierry Barbier, président de l’Association des franchisés de Carrefour
Ces chiffres sont des déclarations de Thierry Barbier. Avant de signer, un candidat a donc intérêt à examiner dans le contrat la répartition de la marge et les conditions de sortie.
Photo : Richard001 / Wikimedia Commons